L'abeille dans les traditions

 

Dadant était un fabricant de cire gaufrée plus qu'un apiculteur. [...] la ruche Dadant offrait une affaire à exploiter. Des maisons se sont crées et multipliées. Elles ont toutes recommandées la ruche Dadant qui les faisait vivre. Avec la ruche vulgaire elles n'auraient guère eu de fournitures à fournir.
E. Warré.

Quelques ruches à cadres...

Genèse du cadre.

Le cadre

Au XIXe siècle, la bataille où se confrontaient fixistes et mobilistes sépara la Suisse des apiculteurs entre les partisans de Dzierzon, considéré par certains comme l'inventeur du cadre et d'autres qui affirmaient que c'était Berlepsch.
Dans ces mêmes années P. Debeauvoys avaient tenté d'introduire une ruche à cadres de son invention. Il présenta d'abord sa ruche dont les cadres étaient adaptés à une forme ronde puis il y renonça pour une forme carrée. La grande nouveauté était que les cadres occupaient toute la ruche, ceux-ci étant disposés sur deux niveaux.

cadres
Paroles d'apiculteur

L'initiateur du cadre, tel qu'il existe aujourd'hui, fut sans aucun doute F. Huber qui créa la ruche à feuillets qui permettait l'observation de la vie des abeilles. Elle était composée de 8 chassis mesurant 50 cm de hauteur sur 30 cm de large; ceux-ci s'ouvraient comme les pages d'un livre. Une amorce de cire fixée sur chaque chassis permettait aux abeilles de construire dans le sens du cadre. Cependant les cadres formaient la ruche proprement dite et n'étaient donc pas enfermés dans une boite. Cette ruche inspira d'autres apiculteurs dont Ch. Féburier.

La Gazette du village nous dit: C'est vers 1850 simultanément dans l'ancien et le nouveau monde que deux apiculteurs inventèrent la ruche à cadres mobiles. L'un en Allemagne, de Berlepsch, l'autre aux Etats-Unis, de Langstroth... alors que The British bee journal attribuait cette invention à un certain Moïse Ruden et la faisait remonter à 1679. Il affirmait également que le major Munn fut le premier à mettre des cadres dans ses ruches en 1834.
Henri Hamet mena alors une enquête pour connaitre le véritable inventeur du cadre. En recherchant dans la bibliothèque du conservatoire des Arts et Métiers, il découvrit qu'en 1843 le major William-Alexadre Munn avait en effet déposé un brevet de ruches à 16 cadres.
gravure Mais en 1841, un officier russe présenta à la Société polytechnique française une traduction de l'un de ses compatriotes, Peter Prokopovitch, qui avait fondé une école d'apiculture et qui exploitait un rucher. Cet apiculteur ne crut pas communiquer au public son invention alors qu'il l'employait depuis 35 ans, ce qui la ferait remonter à 1806; ainsi elle ne dépassa pas les frontières de son pays. Sa ruche semble inspirée de celle de Ducouédic mais n'est formée que d'une seule pièce, et seul le miel destiné à être récolté était emmagasiné dans les cadres situés à la partie supérieure de la ruche.
L'abbé Dzierzon s'inspira peut-être de la ruche de cet apiculteur russe pour créer la sienne. Cependant il utilisait aussi bien les ruches à cadres que des ruches dans lesquelles il plaçait des barrettes de profil triangulaire, un des angles tourné vers le bas.
Ainsi Berlepsch et Munn aurait pu imiter Pokopovitch et Debeauvoys, quelquefois cité comme inventeur du cadre. Quant à Rudden, il faudrait consulter les archives britanniques pour savoir si cet apiculteur avait bien inventé le cadre en 1679!
A leur début, ces ruches furent difficles à populariser car leur prix était trop élevé pour une classe paysanne trop pauvre pour les acquérir.

On peut croire que dans ces années, le cadre apparut simultanément en divers pays sans que l'inventeur ait connaissance des créations de ses voisins. Ainsi en 1828, A. Martin cite une ruche Blake à cadres mobiles en usage en Amérique, bien avant que Langtroth et Dadant ne créent les leurs.
En Russie, M. Ouspensky, en réaction à l'étouffage inventa une ruche composée de la ruche traditionnelle en Russie à laquelle il ajouta une hausse ronde en bois dans laquelle étaient disposés des cadres verticaux posés sur des tasseaux.
La rédaction de l'Apiculteur reprenant les informations fournies par Della Roccaphoto, pense que les habitants des îles grecques qui utilisaient des baguettes faisant office de porte-rayons seraient les véritables initiateurs du cadre; les inventeurs modernes n'auraient fait que transformer le simple rayon des grecs en un cadre ou feuillet mobile.
En effet, le mobilisme prit naissance dès l'invention de la simple barrette; certains y ajoutèrent des cotés latéraux plus ou moins longs, et enfin on ferma le cadre pour former un rectangle... ou un carré.
Quelques ruches à cadres
Pour quelques millimètres de plus ou de moins!

le cadre national français.


photoA la fin du XIXe siècle, devant le nombre de ruches aux cadres de dimensions différentes, mais aussi selon les régions et commercialisés par autant de fabricants qui avaient chacun leurs types de ruches, la Société d'apiculture de l'Est voulurent le standardiser et le rendre utilisable par tous les apiculteurs de France.
Aussi un questionnaire fut adressé à nombre d'apiculteurs compétents et engagés dans le mobilisme.

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Les ruches les plus préconisées furent la Dadant et la de Layens.
Tous les apiculteurs contactés ne donnèrent pas des dimensions précises du cadre à adopter mais firent des remarques telles que "le cadre Sagot est trop petit. Voirnot qui étudia ces réponses constata que sur 26 apiculteurs, 19 estimaient le cadre 30 x 30 trop petit et qu'en prenant une moyenne, on pourrait proposer un cadre de 33 x 33 cm valable aussi bien dans les ruches verticales qu'horizontales.
Ce cadre fut adopté par la Société d'apiculture d'Eure-et-Loir mais le rédacteur de L'apiculteur ojecta qu'avant de l'adopter, il fallait l'expérimenter.
L'ex-président de la Société d'Apiculture de la Basse-Alsace mit en garde les apiculteurs contre un cadre trop grand qui introduit dans la ruche un refroidissement considérable, dont le poids donne trop de difficultés au maniement tant dans la ruche que dans l'extracteur, et inutile dans une région peu mellifère. Il leur propose d'adopter tout simplement le cadre alsacien qui est déjà très utilisé dans toute l'Alsace.
Après s'être demandé si l'ouverture des ruches en paille n'était pas dûe à l'utilisation du pied, usage fatal dit-il, E. de Chatelle, en véritable technocrate et arithméticien... considéra qu'il y avait de bons et de mauvais cadres et face à l'empirisme proposa une méthode "raisonnée" qui consista à promouvoir un cadre de 29 x 29 cm minimum, pour contenir 63 000 cellules, affirma qu'une ruche devait être carrée et parmi d'autres conditions, celle de le rattacher au système métrique, en portant sa surface à 10 dm2, ce qui donnait un cadre de 32 x 32 cm pour une ruche à 9 cadres minimum, ce qui faisait abandonner la forme cubique si leur nombre devait être augmentée.

Mais c'est au Congrès de Paris de 1891 que les dimensions nationales furent adoptées en préconisant le cadre de 12 dm2: 30 x 40 cm qu'il soit vertical ou horizontal et qui avait été exprimenté, et 35 x 35 cm. E. de Chatelle très satisfait malgré tout, proposa de nommer ce cadre "cadre décimal" puisque chaque cadre pouvait contenir environ 10 000 cellules, et la ruche "ruche décimale". Ne restait plus que la colonie d'abeilles à standardiser... et "décimaliser."
Certains apiculteurs protesterons contre l'adoption de telles dimensions, sans résultat. Aujourd'hui, aucun de ces cadres ne sont encore utilisés!

La Société Comtoise d'apiculture optera pour un cadre de 32,5 x 32,5 cm car celui-ci se rapprochait des 10 dm2 et qu'un nombre de 9 ou 10 de ceux-ci étaient contenus dans une ruche sensiblement carrée. Certains apiculteurs le défendirent car ces dimensions permettaient d'inclure des sections américaines.
La polémique n'était pas close car les mobilistes désiraient un seul cadre aux dimensions bien déterminées qui fut universel en France; son nom serait soit "cadre fédéral" car adopté par l'ensemble des organisations apicoles, soit "national".
Aucune décision ne fut prise et ce projet fut oublié; durant ce temps les constructeurs offrant en premier lieu la ruche Dadan-Blatt, celle-ci fut adoptée par la majorité des mobilistes, par conformité à la pratique courante et à l'offre des fabricants.

Aujourd'hui subsistent la ruche à cadres crée par le pasteur Bastian, issue des ruches Berlepsch et Dzierzon, devenue la ruche alsacienne après diverses modifications, la ruche Langstroth et la ruche Dadant, la plus commune sur le territoire français.
Généralement ces ruches étaient en bois mais un apiculteur de Longueville (57), M. Blum, présenta à l'exposition des insectes de Paris, en 1868, un métier à fabriquer des ruches en paille de forme carrées. Elles recevaient ou non des cadres mobiles et pouvait être à divisions verticales ou à divisions horizontales. Pour l'ensemble de son exposition il reçut une médaille de 2e classe de la Société d'apiculture.

Les inventions de ruches à cadres firent l'objet comme celles des ruches "fixes" de nombreuses recherches en vue de simplifier le travail de l'apiculteur.

Quelques apiculteurs tel G. de Layens, conscients des mauvaises dimensions des ruches Dadant ou Langstroth conçurent des ruches à cadres conformes au développement du couvain.

La cire gaufrée

Le cadre inventé, aussi fallait-il le garnir. Au début on laissa construire aux abeilles leurs rayons à partir d'amorces, qui lorsque la ruche n'était pas bien établie, donnait des résultats non désirés, hors cadres, cires gondolées, etc... ou bien on fixait des morceaux de gâteaux de cire provenant de ruches fixes par divers moyens sur les cadres.

Bien que ces conversions se fissent rares, quelques apiculteurs lassés par la surveillance que la ruche nécessitait revinrent à la ruche en paille, tel Fl. du Retail: De 1869 à 1880, j'ai essayé de tous les modèles de ruches à cadres en commençant par celle de l'abbé Sagot, toutes m'ont donné des désillusions complètes sur les cadres mobiles: aucune ne m'a donné les résultats pratiques que j'en attendais.
La direction d'un rucher composé de ruches à cadres mobiles exige une surveillance continuelle, fort ennuyeuse le plus souvent, voire même impossible pour un grand nombre de ruches, et puis, comment obliger les abeilles à construire des rayons bien parallèles dans un cadre mobile? J'ai essayé de mille moyens, sans réussir d'aucune manière, d'une façon certaine et régulière.
Aussi depuis 1880, fatigué d'une surveillance aussi assidue que peu rémunératrice, j'ai complétement transformé mes ruches à cadres en ruches à hausses en deux parties.... Depuis que j'ai transformé mes ruches à cadres en ruches à hausses, je récolte beaucoup plus de miel, tellement que j'aurais besoin d'une bonne petite presse à miel et à cire....

Un autre apiculteur se plaint des cires gaufrées qu'il utilise: Moi aussi, j'ai essayé ces rayons gaufrés dans des cadres de 30x30... Je les ai abandonnées pour ne plus les reprendre. Ils sont difficiles à fixer, la chaleur les bosselle, ils se déchirent très facilement, et enfin les abeilles bâtissent moins volontiers sur eux que sur une greffe de rayon naturel. Les rayons que j'ai essayé étaient de Schulz, très bien faits, coûtaient 7fr.50 le kilo en Allemagne et ne valaient pas, après expériences faites, le moindre morceau de rayon naturel.

L. Pallec dans l'Apiculteur.

Un menuisier bavarois, Jean Mehring, après des essais infructueux, eut l'idée d'utiliser des feuilles de cire qu'il confectionnait par pression entre 2 planches en bois portant les empreintes des cellules.
Schaber perfectionna cet outil en le fabriquant en métal. Puis modifié et amélioré par le suisse Peter Jacob, Dummler et Samuel Wagner.
En 1876, Alva Wasbrun et A.I. Root lancèrent des machines à cylindres qui inaugurèrent la production industrielle de la cire gaufrée et de nombreuses machines dérivées
gaufriers Dunham et Vandervort
de ce modèle virent le jour.
Pour obtenir une feuille de cire, on plongeait dans un bain de cire fondue, des plaques de métal ou de verre qu'on refroidissait après chaque opération. Une certaine dextérité devait être acquise pour cette opération. On passait ensuite cette feuille dans la machine.
Un canadien, M. Farris imagina un gaufrier qui s'ouvrait comme un livre. En le plongeant dans de la cire fondue, en le fermant puis en le retirant de suite, on obtenait un rayon d'un seul jet.
Des rayons artificiels en bois furent fabriqués par M. Abbott. Ils consistaient en une planche de bois extrémement mince recouverte sur les deux faces d'une couche de cire sur laquelle était imprimée la base des cellules.
Des chercheurs tentèrent de remplacer ce procédé par du papier gaufré trempé dans de la cire liquide, des feuilles de celluloïd plongées dans de la cire puis gaufrées, de minces feuilles métalliques mais les résultats obtenus ne furent pas satisfaisants et ces procédés furent abandonnés.

Fixation des cires dans les cadres

Les cires fabriquées sont alors fixées sur des fils tendus sur le cadre à l'aide d'un éperon inventé par J.A. Woiblet dont les dents possèdent une mince rainure destinée à chevaucher le fil de fer. On chauffe légèrement cet outil sur un réchaud pour incruster ces fils dans la cire.
Aujourd'hui on chauffe ces fils dont les extrémités sont reliées aux bornes d'un transformateur électrique et on applique la cire gaufrée sur les fils.

Récolte sur cadres

A ses débuts, la récolte du miel se faisait sur des cires qui n'étaient pas operculées, ce qui donnait à la récolte un poids supérieur à toutes autres ruches fixes. On chauffait ensuite pour faire évaporer l'eau en excès et si nécessaire, on mettait le miel en bouteille hermétique pour éviter la fermentation.

Ainsi opérait Ch. Dadant qui pouvait déclarer récolter 4 fois plus que dans une ruche fixe et vanter l'apiculture des Etats-Unis.
Un apiculteur d'Eure-et-Loir ayant vécu huit ans dans ce pays, au temps de Dadant, rapporte: Cependant la nouvelle apiculture perfectionnée des Américains, avec les cadres et l'extracteur, ne paraît pas arriver au but à atteindre dans notre contrée: produire beau et bon. En effet, je lis dans le journal américain qu'un consommateur s'informait si le miel d'extracteur d'apparence liquide, ne sera pas disposé à fermenter et à aigrir. Pour parer à cet inconvénient, je vois un producteur avec extracteur déposer aussitôt son miel dans un bidon qu'il fait chauffer pendant une heure au bain-marie, puis le transvaser ensuite pour la vente dans des bouteilles qu'il bouche soigneusement.

On inventa le peigne à désoperculer composé de petites lames triangulaires. Son usage consistait à passer ce peigne de haut en bas sur le rayon pour en percer les opercules. Le travail au couteau à désoperculer est plus lent mais permet un résultat plus propre.
Une revue allemande de 1903 donne la description d'une machine à désoperculer composée de deux lames de scie dont les dents en quinconce et recourbées sont fixées sur un cylindre. Elles détachent les opercules des cadres posés sur un chassis réglable en hauteur dès que l'on tourne la manivelle actionnant le cylindre sur lequel sont fixées les scies.
En 1932, sera présenté un couteau à désoperculer électrique.
La récolte se poursuit par l'usage de l'extracteur.

La ruche à cadres

Tous les apiculteurs reconnaissaient la ruche ronde comme le meilleur habitat pour les abeilles car elle concentre au mieux la chaleur. La ruche à cadres nécessitait une ruche, soit cubique, soit parallélépipédique, et un de ses adeptes, Mr Huillon s'opposa à ce raisonnement qu'il qualifia de spécieux, notammment au docteur Buzairies. Il assure en effet que la ruche ronde est meilleure aux essaims nouvellement logés mais assurent qu'ensuite, dans la ruche carrée cet avantage disparait avec la construction des cires. Il assure que la déperdition calorique n'est pas plus forte dans une ruche carrée que dans une ruche ronde et rien ne justifie la préférence qu'on accorde à cette dernière et les inconvénients que l'on reproche si gratuitement à la ruche carrée. Puis il nous informe que si l'on place au centre des groupes d'abeilles dans une ruchée de même force, les résultats seront identiques dans une ruche carrée ou ronde, et conclut que les déperditions sont identiques.
Bien que cette constatation puisse être vraie, il n'est pas fait mention de la quantité de miel absorbé par les abeilles pour maintenir cette température dans une ruche ronde et dans une ruche cubique.
La salubrité de la ruche n'est pas évoquée; chacun sait que c'est dans les coins que la condensation est la plus importante, que le risque de moissisures et d'installation de la teigne y est le plus grand et que c'est le point faible de toutes les ruches cubiques, espaces délaissés par la colonie d'abeilles.

Les ruches de Layens

Conjointement avec Ch. Dadant il participa à la propagation de la ruche à cadres mobiles mais vers la fin de sa vie s'opposa à sa ruche qu'il jugeait trop grande, les cadres mal dimensionnés et son exploitation rébarbative.

La ruche horizontale

gravureIl proposa une exploitation simple d'une ruche horizontale à cadres mobiles qu'il réduisit à 9 par une partition qu'il déplaçait de chaque coté du couvain pour agrandir la ruche; cette ruche eut du succès et essaima jusqu'en Espagne.
Ceci prouve que 8 rayons est un bonne appréciation, 9 est limite, et qu'au delà, se révèle la folie des grandeurs! et que l'abeille doit travailler vers le bas.
Cependant certains apiculteurs lui reprochèrent ses grands cadres, lourds à manipuler, ce qui porta Jean Hurpin à modifier ceux destinés à emmagasiner le miel.

Georges de Layens construisit ses cadres aux dimensions de 31x37 suite aux observations de F. Huber, afin de se conformer à la vie physiologique de la colonie d'abeilles. Leur hauteur est suffisante pour le couvain au centre, le miel au-dessus et sur les rayons des cotés; le tout assure un bon hibernage et un développement précoce des colonies au printemps. Cette ruche s'agrandissait horizontalement par l'ajout de cadres de chaque coté du couvain.
Outre les considérations ci-dessus, les dimensions des cadres étant conformes à celles du couvain.
La réserve de miel sur ces cadres était abondante et il n'était absolument pas nécessaire de nourrir les abeilles durant l'hiver d'où une grande sécurité. Les colonies logées dans ces conditions devenaient fortes, donnant alors de fortes récoltes.

Cette ruche eut du succès puis fut abandonnée car ses cadres lourds- jusqu'à 4 kg de miel- et difficiles à manier, les rayons difficiles à désoperculer, la reine pondant d'un bout à l'autre de la caisse lorsque les partitions étaient enlevées, ne la fit pas accepter par les apiculteurs.
Les rayons étaient tous espacés de la même valeur, ce qui était préjudiciable à l'emmagasinage du miel. ?
Quelquefois, la reine allait pondre dans les cadres que l'apiculteur réservait au miel; aussi un apiculteur modifia son exploitation pour éviter cet inconvénient. lire
Un autre, Maurice Gicquel, la redécouvrit dans les années 1940 et la jugea méconnue mais pourtant excellente car elle nécessite peu de manipulations, l'hibernage s'y fait d'une façon parfaite et l'orphelinage s'y manifeste que très rarement. ?

Perret-Maisonneuse se posa la question si G. de Layens était véritablement l'inventeur de cette ruche?

Selon les paroles de son créateur: Cette ruche du type horizontal que l'on appelle quelquefois "ruche française" est connue sous le nom de "ruche Layens", nom qui est moins bien choisi que le précédent. et dans un autre ouvrage, il précisera: N'étant pas inventeur de ruches nouvelles, nous avons seulement choisi parmi les meilleur modèles, celui qui nous a paru le plus facile à conduire et le plus en harmonie avec les instincts naturels des abeilles.

En réalité, c'est lors de l'exposition qu'il organisa en 1865 à Paris, que de Layens remarqua la ruche exposée par M. Thierry Mieg de Mulhouse, à cause de sa grande simplicité d'exploitation; c'est dans cette sorte de ruche qu'il fit ses premières observations puis après l'avoir modifiée, son nom resta à la ruche.

La ruche de Layens verticale

gravureIl conçut également une ruche à 9 cadres de 37x31, à hausses verticales qui donnaient d'excellents résultats- Voir - en ce qui concerne l'hibernage des colonies et la non-intervention de la reine dans les cadres de hausses. Elle eut d'abord du succès par ses indéniables qualités, car la grandeur des cadres étaient conforme à l'expansion du couvain mais comme dans la ruche horizontale, le poids des cadres ne satisfaisait pas l'apiculteur qui les préférait moins lourds.

La ruche Layens modernisée

Jean Hurpin- ?-1967

Jean Hurpin

Conquis par la ruche à cadres, cet apiculteur passionné par les abeilles n'en resta pas moins attaché à une apiculture les respectant et ne fut jamais partisan de son exploitation intensive. Il compara plusieurs ruches et choisit celle qui correspondait à une meilleure adaptation de la vie de la colonie. Il adopta donc la ruche Layens horizontale qu'il modifia selon sa conception mais garda le cadre Layens pour le couvain dont les dimensions étaient favorables à sa disposition naturelle.
en savoir plus...
ruche Layens moderniséeLes livres:
* L'apiculture pratiquelivre
* La ruche de Layens Moderniséelivre.
* La cité merveilleuse.livre

Sa ruche

Jean Hurpin, face à ces difficultés imagina une ruche de même facture mais dont les rayons latéraux ne faisaient que la moitié de la hauteur de la ruche. D'autre part, ils étaient plus espacés. Elle se conduisait comme la ruche Layens, voire comme d'autres apiculteurs le faisaient pour éviter l'intrusion de la reine dans les cadres réservés au miel.

Comparaison ruche Layens verticale/ruche Dadant

Dans une comparaison entre les cadres Dadant et les cadres Layens, Jean Hurpin trouva 20% de cadres des hausses Layens occupés par du couvain alors que la proportion atteignait 75% dans les cadres des hausses Dadant. Il supposait qu'en une année normale on n'y trouverait aucun couvain et les considérait supérieur pour l'hibernage. Cet apiculteur concluait: ... ses qualités sont indéniables et lui confèrent souvent une réelle supériorité. et il lui reproche d'être moins maniable... et les opérations plus délicates. Les apiculteurs choisirent encore là, leur propre confort au détriment de l'abeille...et en installant une grille à reine.

La ruche Voirnot

ruche Voirnot

Elle est cubique pour inclure au mieux le couvain qu'il pensait toujours, tant au repos comme au travail, être de la forme d'une sphère. Elle contient 10 cadres de 33x33 pour le corps et 9 cadres de 33x11 pour la hausse.
Ce sont ces dimensions qui fait sa supériorité sur la ruche Dadant.
Dans la ruche Voirnot, un essaim de 2 kg suffit pour la peupler, et 15 à 16 kg de miel suffisent comme provisions hivernales mais elle conserve tous les défauts, avantages pour d'autres, de la ruche Dadant : cadres, cire gaufrée, etc...
Le livre:
L'apiculture éclectique ou essai d'une ruche d'après tous les systèmes.photo.

L'aumonière

Louis Sagot

Bien que fortement convaincu et partisan de la ruche à cadres avec son collègue l'abbé Delépine, sa vision de l'apiculture mérite d'être retenue.
Il créa une ruche nommée "l'aumônière" qu'il désirait le plus proche de la forme d'une cloche.
Cette ruche reçut plusieurs distinctions dont le prix d'honneur au concours apicole de Pontoise en 1868 et son créateur, une médaille de vermeil pour ses miels et matériels apicoles qu'il présenta à l'exposition de cette même ville en 1869.

Le livre:
Les abeilles.photo.

La ruche

photo

Les cadres du corps de ruche étaient garnis de cire tandis que les triangles du toit étaient seulement amorcés pour la première récolte; ensuite la cire était laissée aux cadres. Ceci permis à l'abbé Delépine de constater l'inutilité des cires prêtes à l'usage pour les abeilles, celles-ci construisant et emplissant plus vite les cellules que celles prêtes à être remplies.
Le toit était à double pente et constituait la hausse dont le contenu était récolté puis devenait la réserve de miel de la colonie durant l'hiver. Le tout était recouvert d'un paillasson de paille.
Le miel était récolté au mello-extracteur, l'ancêtre de l'extracteur électrique; cependant il vante le miel présenté en brèches qu'il réserve pour ses cadeaux lors des invitations dont il fait l'objet.

La ruche Warré à cadres

La ruche Warré

Après avoir conçu la ruche populaire, l'abbé Warré proposa une ruche à cadres conforme aux dimensions de sa ruche. Celle-ci est décrite dans la cinquième édition de son ouvrage "L'apiculture pour tous".

La climastable

Roger Delon propose la ruche "Climatstable" dont les cotés ont une épaisseur de 3 cm, un plateau légèrement incliné vers l'avant pour l'évacuation de l'eau de condensation et une bonne isolation du plafond de la ruche. Les hausses sont à cadres avec des cires qui seront fixées par les abeilles entre les branches d'un U, sans fil à tendre.
Roger Delon insiste sur les propriétés hydrofuge de sa ruche, l'essaimage nécessaire qui est vital pour la ruchée, l'api-climatstabilité qui apporte une économie d'énergie, donc de miel, et la nécessité des rayons qui doivent être en continu.
Sa récolte peut se faire à l'aide d'un extracteur muni de cages.

Son langage était direct et il prétendait que certains modèles de ruche mal conçus, provoquaient l'affaiblissement de la vitalité de l'abeille et le développement des maladies.

en savoir plus...

Gilles Denis

G. Denis

Gilles Denis utilisa comme professionnel les ruches Dadant qu'il réduisit à 8 cadres puis découvrit la ruche Warré avec cadres mobiles qu'il utilise désormais. Il a amélioré par l'observation, la ruche Warré pour une manipulation plus facile.
Il a mis au point le "moulimiel" et le "moulicuve" qui permettent une récolte mécanisée mais simple de la ruche Warré.

L'utilisation de la ruche Warré me permet de travailler dans de bien meilleures conditions et avec des abeilles heureuses de retrouver une habitation très proche de ce qu'elles ont à l'état libre et sans surplus de travail.
Avec ces ruches je produis autant sinon plus de miel qu'avec mes Dadant, mais aussi de nombreux essaims....

Avis d'un apiculteur
Le livre: Le livre des techniques de la ruche WarréTechniques de la ruche Warré
pour l'obtenir...

Marc Gatineau

M. Gatineau

Après avoir utilisé des ruches Dadant et Langstroth, Marc Gatineau les remplaça par des ruches d'inspiration Warré. Ses abeilles se nourrissent de miel durant l'hiver; il utilise des cadres pour la ruche et les hausses avec cire gaufrée pour une extraction par centrifugeuse.

en savoir plus...
Le livre: L'apiculture telle que je l'aimeL'apiculture

Remarque

Plusieurs de ces apiculteurs ont commencé avec des ruches Dadant et les ont abandonnées pour des ruches Warré. Ensuite, ils les ont adoptées et gardées pour leur exploitation. N'est-ce pas une raison pour suivre leur enseignement? et commencer directement par une ruche Warré...
D'autres part, ils ont apporté quelques changements par rapport à la ruche Warré d'origine, mais ceux-ci ont eté faits suite à des observations et pour une meilleure exploitation sans changer l'esprit initial de la ruche.

La ruche Bretagne

photoPour répondre au bon habitat de l'abeille, Henri Muller créa une ruche qu'il baptisa "Bretagne".
C'était une ruche extensible comme l'avait imaginée l'abbé Morteau mais dont la particularité était d'être constituée de 6 rangées de cadres divisibles et de quatre cadres identiques aux plus petits cadres trapézoïdaux des cadres divisibles. Le tout était maintenu par une traverse "serre-tout" et fermé aux extrémités par un élément plein. On pouvait augmenter le nombre des cadres et les porter à 10, 11, 12 et plus selon la grosseur et l'activité de l'essaim... et des ressouces mellifères de la région!
Ceci d'après la plaquette publicitaire d'Henri Muller: Voir
La base du trapèze mesurait 500mm, sa hauteur 515mm et sa petite base 195mm. Sa largeur dépendait du nombre de cadres dont elle était constituée. +
L'angle à la base mesurait 60°.
La conception de cette ruche la rapproche de la ruche horizontale de Layens modifiée par J. Hurpin et qui peut se conduire comme cette dernière.

Mon avis: bien qu'étant à cadres, ce type de ruche n'en a pas les inconvénients car elle n'offre pas de protection pour la teigne. De plus sa forme donne à la colonie les qualités du panier. L'inconvénient est qu'il faut ouvrir la ruche pour vérifier son développement et il est impossible d'y créer une fenêtre.

Promesses, avantages pour l'apiculteur

ruche DadantCh. Dadant qui écrivait régulièrement dans "L'apiculteur" des années 1869/1871:
- donne sa ruche comme productrice de miel et non l'abeille dont la population de la ruche en paille est moindre;
- argumente que l'abeille en rentrant à la ruche chargée de miel n'a plus à construire d'alvéoles puique la cire est à sa disposition. Il est à supposer qu'il ignorait que la cire était en partie élaborée par de jeunes abeilles ne quittant pas encore la ruche et davantage la nuit. lire
Un apiculteur affirme que la ruche à cadres produit 5 fois plus de miel, Dadant en promet 4 fois plus et de Berlepsch, plus modeste, deux.
En multipliant ces quantités par les nombres que les premiers indiquent, les ruches à cadres donneraient alors des récoltes absolument mirobolantes voire surnaturelles!
Ch. Dadant nourrissait ses ruches en avril puis en plein mois de juillet, ce qui naturellement devait profiter à la récolte de miel- lire - méthode pouvant être assimilée au nourrissage spéculatif en vue de la floraison des sarrasins. +
Ces chiffres sont contredits par des apiculteurs "fixistes" qui donnent des quantités de miel récoltées dans leurs ruches très appréciables.
Y a t-il aussi disparité dans les comparaisons, les uns comparant la production d'une ruche à cadres avec une ruche commune alors qu'à l'époque nombre de ruches en paille étaient à calotte ou même à hausses paillées; elles devaient alors donner des récoltes très proches d'une ruche à cadres mobiles de même capacité!
Tout devrait revenir à comparer ce qui peut être comparé!
Ch. Dadant, après avoir comparé l'élevage des abeilles... à celui des lapins, applique l'élevage des poules (sic) à celui des abeilles: plus de grain, plus d'œufs, plus de sirop, plus de miel!
Ils énumèrent toutes les manipulations possibles que la ruche à cadres permet, ce qui au fil des années s'avèrera aussi causes de maladies et rendra son exploitation très difficile.
Il ne vante cette ruche que pour ses avantages économiques et les facilités qu'elle offre pour l'apiculteur. Il ne parle de l'abeille que pour abattre son principal concurent -Langstroth- et ses procédés sont intellectuellement, sinon malhonnêtes, mais pour le moins très critiquables.
Ce qui n'empêche pas un apiculteur mobiliste-Sourbé- de juger Charles Dadant comme un apiculteur des plus distingués.

En France la ruche Dadant aura de nombreuses descendance:
• la ruche Dadant-Blatt qui sera la plus utilisée

Avantages...

Pour l'apiculteur, les cadres légers et faciles à manier tant à la ruche qu'à l'extracteur le contentèrent amplement car l'on sait que l'homme, naturellement, entre plusieurs possibilités dans son activité, choisira toujours la solution qui, à cours terme, lui fera dépenser la moindre énergie.
D'autre part, ce système permet des manipulations faciles, regroupement de colonies, divisions, changement de reine, etc... ce qui devient un grand risque de désorganisation et de maladies de la colonie.
Les cadres des hausses sont facilement désoperculés ce qui facilitent la récolte du miel.

... et inconvénients

Pour l'abeille, cette ruche ne répond pas aux dimensions du couvain; il fait 42 cm de large sur 26,6 cm de hauteur et Ch. Dadant pour compenser le manque de volume qui en découlait, ajouta des cadres pour que celui du couvain soit respecté, celui-ci prenant alors une forme aplatie dans le sens horizontal sans aucune comparaison avec celle d'un couvain naturellement construit.
Les conséquences en sont multiples:
- les abeilles tentent de construire sous le cadre, ce qu'elles ne peuvent faire, et la reine ne trouvant place pond dans les hausses conformément à sa biologie.
Pour contrer cette nécessité, l'apiculteur installe alors une grille à reine pour empêcher cette intrusion en la contraignant à un comportement non inscrit.
- couvainles abeilles emmagasinent leurs provisions dans le haut du cadre; la présence du couvain les oblige à les disposer à droite et à gauche de celui-ci jusqu'à dans les angles. Lors de leur hibernation, les abeilles fixées sur un des cotés, sont incapables de se déplacer et meurent alors que du miel est encore présent sur l'autre coté du cadre.

La ruche Dadant, devenue trop grande pour l'hibernation où la colonie est réduite, amène l'apiculteur à installer des partitions pour limiter son volume à réchauffer, ce qui dérangera la colonie tant à l'installation que lors de leur retrait, avec plus de "dégats" puisque celles-ci seront propolisées.
Cette ruche s'agrandit par le haut, ce qui est contraire au travail naturel de l'abeille et a chaque ouverture, refroidit le couvain.
Aucune régulation n'est prévue et on en laisse tout le soin aux abeilles, ce qui serait favorable si cette ruche était conforme aux lois de la thermo-dynamique.
Le contrôle des cadres pour le couvain dérange les abeilles dans leur travail qui doivent à chaque remise en place, le réchauffer.

Cette ruche nécessite une surveillance constante et n'est pas la ruche simple que l'agriculteur doit choisir.

Cependant, les ruches de type Warré nécessitent aussi une bonne surveillance, notamment lorsque les abeilles construisent, mais où la surveillance d'une ruche Dadant demande l'ouverture de la ruche, un coup d'œil à travers la vitre suffit pour la ruche Warré!

Conclusion

La ruche Dadant, aux dimensions malencontreusement mal adaptées, aujourd'hui accolées à celles de l'extracteur, est restée figée, fossilisée dans ses erreurs et ne permet aucune amélioration compte-tenu du commerce dont elle est tributaire. C'est une ruche "morte" avant pu avoir été, voire "mortifère" pour les abeilles par la pérennité obligée de ses "malformations" qui génère, par ex. la nécessité d'installer une grille à reine réprimant son instinct naturel, la cire gaufrée réprimant celui de construire: c'est une ruche "répressive" à ses instincts qui ne peut qu'apporter affaiblissement de la colonie. Comme en agriculture intensive conventionnelle, il a été choisit la "répression" plutôt que de choisir une attitude bienveillante apportant équilibre et respect de la nature et de l'animal.
Elle lie son propriétaire à un fournisseur de cires gaufrées, au fabricant de cadres, attaché comme le chien à son maître, à son extracteur. On peut dire que la fixité l'a envahit contre toutes formes d'évolution.

C'est la ruche idéale pour les pillards de ruches et les marchands de miel, les distributeurs de sirop, de sucre et de médicaments, tous rassemblés en une même personne, et j'ajouterais pour les marchands de matériel apicole.


Tous les apiculteurs ayant fait des comparaisons Dadant/autre ruche ont tous choisi cette autre ruche et ceux ayant débuté avec des Dadant puis changé de modèle, ont tous abandonné celles de leurs débuts. Etonnant! Non.

Autres ruches à cadres

Sources

- Gilles DENIS- Le livre des techniques de la ruche Warré-photo
- Marc GATINEAU- L'apiculture telle que je l'aime et la pratiquephoto
- Maurice GICQUEL- Au Pays des Abeillesphoto
- Henri HAMET- L'apiculteurphoto
- R. HOMMELL- Apiculturephoto
- Jean HURPIN- L'apiculture pratique et la ruche de Layens moderniséephoto
- Jean HURPIN- Revue Rusticaphoto
- Georges de LAYENS- Cours complet d'apiculturephoto
- Abbés SAGOT et DELEPINE - Les abeillesphoto
- T SOURBE- Traité d'apiculture mobilistephoto
- Abbé Emile WARRE- L'apiculture pour tousphoto
- Le musée de l'abeille à Tilff
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