essaim abeilles

Récupérer des essaims sauvages d’abeilles, pour mieux protéger l’espèce ?

Au printemps, dès la hausse des températures, les abeilles, nombreuses, se sentent à l’étroit dans leurs petites ruches.

Naît alors une nouvelle reine, ce qui va provoquer la division de la colonie. Une partie de cette colonie décide alors de partir pour coloniser un nouvel habitat et un nouveau territoire.

Comment fonctionne l’essaimage ?

essaim abeilles
Un essaim sauvage qui vient de se poser

Nous le savons, dès que les températures se réchauffent à la fin de l’hiver, les insectes se remettent en activité. Les abeilles recommencent à sortir au contact des fleurs qu’elles pollinisent, et parfois une nouvelle reine naît dans la ruche.

Cette naissance a une utilité : celle de renouveler l’essaim et de pérenniser l’espèce. La reine va s’accoupler avec un grand nombre de bourdons afin d’assurer une mixité génétique intéressante. L’accouplement se présente en un énorme nuage d’abeilles qui volent en tous sens.

Dès que cette reine est prête, deux options s’offrent à elle : soit elle part avec une partie de la colonie, soit elle met la vieille reine dehors, et c’est cette dernière qui essaiera de trouver un nouvel endroit où bâtir sa nouvelle ruche.

La reine en migration a du mal à voler, et ce sont les abeilles qui l’escortent qui l’aident à se déplacer. Certaines abeilles éclaireuses partent devant à la recherche de l’endroit idéal pour la colonie.

L’essaim prend son envol, telle une grosse boule d’insectes de plusieurs milliers d’individus. Le vol est assez bruyant et impressionne souvent les gens qui se trouvent sur son chemin. De temps à autre, l’essaim s’arrête sur une branche, un mur ou un obstacle quelconque. Il n’est pas rare de voir l’essaim se remettre en route au bout de quelques heures.

A ce stade précis, les abeilles ne sont pas du tout agressives ni dangereuses. Elles se sont préalablement gorgées de miel pour avoir la force d’effectuer ce voyage périlleux. Elles n’ont alors pas le réflexe de piquer ou d’attaquer. C’est à ce moment-là que certains se prennent en photo, couverts d’abeilles de la tête au pied. C’est très impressionnant.

C’est aussi à ce moment-là qu’il est le plus facile de récupérer l’essaim et de lui présenter une ruche bâtie de cadres cirés, pour lui faciliter son installation.

Quand les abeilles éclaireuses auront trouvé l’endroit parfait, ils indiqueront à l’ensemble de l’essaim le chemin à suivre.

Toute cette petite troupe s’installera alors dans le creux d’un arbre, dans une cheminée, l’épaisseur d’un mur ou d’une toiture, ou encore entre une fenêtre et les volets d’une maison qui n’est pas habitée. L’essentiel pour elles est de se retrouver dans un endroit calme, et dont la température sera quasi-constante. Cela leur fera gagner beaucoup d’énergie pour le maintien futur de la colonie.

Une fois installées dans l’endroit final, les abeilles cirières commencent à fabriquer les galettes de cire, qui serviront de substrat de ponte pour la reine ainsi que de zone de stockage pour le miel. Ce miel leur servira de réserve pour passer l’hiver.

Quand l’essaim est installé dans son nouvel endroit, avec les galettes de cire construites, il est très difficile voire impossible de le récupérer sans abîmer la reine ou provoquer des dommages matériels importants (démontage de cheminée, découpe de placo-plâtre, etc…).

Que faire quand on trouve un essaim ?

Il arrive fréquemment qu’on trouve un essaim dans son jardin ou à proximité immédiate de sa maison. Cette boule d’insectes est parfois posée sur une branche d’arbre ou d’arbuste, parfois sur un mur de maison ou de clôture, et parfois à des endroits bien plus originaux tels qu’une voiture ou une moto, une vitrine de magasin ou une porte d’entrée.

Partagée entre la peur, la fascination pour dame nature et l’envie de bien faire, la personne qui a trouvé cet essaim ne sait pas toujours qui appeler.

Le premier réflexe sera de contacter un apiculteur.

Souvent par le réseau de connaissances ou en cherchant dans les annuaires et sur internet, l’apiculteur contacté viendra récupérer ce joli cadeau, s’il a le temps et si l’essaim n’est pas trop loin de chez lui. Il lui proposera une ruchette garnie de jolis cadres cirés. Au bout d’une à deux heures, si la récupération n’est pas trop compliquée à effectuer, l’apiculteur repartira heureux avec ses nouvelles amies, et allégé d’un pot de miel, qu’il aura offert à la personne qui l’a appelé, comme le veut l’usage.

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L’essaim est posé délicatement sur la ruche ouverte

Certains passionnés, comme Guillaume Castagné, amateur d’abeilles du Tarn et Garonne, récupèrent également les essaims d’abeilles dans un seul but : celui de protéger l’espèce et les différentes variétés d’abeilles.

Dans ce cas, ce n’est pas la production de miel qui est privilégiée mais la reproduction des essaims sauvages qui repartiront dans la nature les années suivantes. Pour les personnes soucieuses du sort de l’abeille domestique, voilà une solution intéressante pour sa conservation.

Récupérer un essaim d’abeilles : de la production de miel à la protection de l’espèce.

L’apiculteur vit de sa production de miel. Il fait fabriquer aux abeilles ce merveilleux produit, et récupère en fin de floraison le surplus de miel stocké dans les cadres hauts des ruches. Dans cette démarche, l’apiculteur compense les prélèvements de miel par des nourrissages étalés sur l’année, souvent à base de sucre.

L’homme a depuis très longtemps compris les bienfaits du miel et des produits de la ruche. Les techniques d’apiculture sont très anciennes et ancrées dans les cultures régionales et locales. Ces techniques évoluent au cours du temps. La mécanisation, l’apparition de maladies, de parasites ou de prédateurs changent un peu la donne, mais globalement l’apiculture reste un métier ancestral.

guillaume castagné
Guillaume au travail

Guillaume, comme d’autres passionnés de l’abeille, a une vision différente qui n’est pas basée sur la commercialisation des produits de la ruche. Il ne va pas travailler avec des colonies fabriquées mais seulement avec des essaims récupérés dans la nature qu’il va essayer de faire grossir à tel point qu’ils n’auront qu’une alternative : se diviser pour repartir dans la nature. L’essaimage est absolument à éviter en apiculture car c’est une perte de cheptel et donc de revenu pour l’apiculteur.

Mais alors comment Guillaume assure-t-il ses revenus ?

Grâce à son activité de désinsectisation. Ses clients l’appellent pour éliminer ici et là un nid de frelons, un nid d’abeilles, ou encore un nid de frelons asiatiques.

Une partie de ses revenus est réinvestie dans des ruches, ainsi qu’une partie de son temps dans la récupération des essaims. Cela tombe bien, les essaimages d’abeilles se produisent au printemps, période calme pour son activité de désinsectisation.

« Permettre à ces essaims de se diviser et de repartir dans la nature tend à compenser un peu les destructions d’insectes obligatoires pour assurer la sécurité de mes clients. Mon bilan est meilleur » assure-t-il. Et de rajouter « de temps en temps, je garde un petit rayon de miel pour ma conso familiale ou faire plaisir aux amis, mais c’est très peu ».

Cette façon de travailler avec l’abeille permet de protéger les colonies:

  • L’abeille garde toutes ses réserves de miel pour l’hiver, ce qui permet aux colonies de ne pas être nourries de sucre ou très occasionnellement. L’immunité en est bien meilleure.
  • Ces abeilles gardent leur caractère d’essaimage qui n’est en général pas préconisé par l’apiculture conventionnelle.
  • Les variétés peuvent parfois être plus sauvages et plus agressives. De ce défaut, il faut peut-être voir là une qualité : celle de s’adapter aux nouveaux prédateurs comme le frelon asiatique. Dans certains pays, les abeilles arrivent à tuer ce prédateur en l’entourant, l’immobilisant, et en battant des ailes jusqu’à faire monter la température jusqu’à un niveau létal pour ce frelon. Avec des abeilles agressives, c’est peut-être le début d’une solution… à étudier…

En plus de ces avantages, la récupération des essaims sauvages permet de multiplier les variétés autochtones d’abeilles telles que la petite abeille noire que l’on avait il y a longtemps dans nos ruches.

C’est une façon de favoriser la diversité des souches, même si les souches « commerciales » se sont largement hybridées avec les variétés sauvages depuis plusieurs années.

Voici ce que Guillaume recherche à travers les récupérations d’essaims sauvages d’abeilles.

Beaucoup de néo-ruraux et de passionnés de nature se lancent aujourd’hui à la découverte de l’abeille, conscients des enjeux que représente sa préservation.

Les dangers de l’abeille sont autant de contraintes au maintien des colonies.

Les colonies d’abeilles sont en grand danger aujourd’hui.

Beaucoup de mortalités sont liées à l’agro-industrie, aux changements récents de l’agriculture conventionnelle avec la globalisation de l’usage des pesticides, ainsi qu’aux parasites comme le varroa, la teigne de l’abeille, ou le nouveau super prédateur qu’est le frelon asiatique Vespa velutina.

En attendant que l’abeille apprenne à se défendre contre ses nouveaux ennemis, il faut l’aider par différents procédés.

Ne pas poser ses ruches trop près des cultures semées de graines enrobées de pesticides. Ces plantes cultivées sont empoisonnées aux insectes pour toute leur durée de culture; effectuer une surveillance et des traitements adaptés contre les parasites ; piéger les frelons asiatiques à proximité des ruchers, en évitant que ce soient les pièges qui les attirent.

piège a frelons asiatiques
Piège à frelons asiatiques

Les variétés sauvages seront plus à même de s’adapter rapidement contre ces nouveaux ravageurs car elles sont déjà issues de la sélection naturelle et donc mieux adaptées à leur environnement et ses différentes contraintes. Il est temps de redonner sa place à la sélection naturelle, pour le bien de l’abeille et des chaînes alimentaires dont elle fait partie.

Comment favoriser les divisions futures des colonies récupérées ?

La réussite du processus d’essaimage et plus globalement de division des colonies, pour leur retour dans le milieu naturel, dépend de plusieurs facteurs qu’il convient d’énumérer :

  • L’essaim initial doit être récupéré à la bonne période, d’un essaim fraîchement divisé.
  • La colonie doit devenir forte et très peuplée assez rapidement.
  • Les réserves de miel doivent être laissées dans la ruche pour éviter le nourrissage artificiel à base de sucre.
  • La colonie doit être mise à l’écart des insecticides et pesticides en tout genre.
  • La colonie doit être protégée de la prédation du frelon asiatique par piégeage et destruction des nids à proximité. La pression de ce prédateur est suffisante pour espérer que dans le futur, l’abeille puisse s’adapter dans son comportement pour mieux se défendre. Pour l’instant, c’est la prédation mais surtout le stress des abeilles lié à la présence de cet insecte qui est une des causes de mortalité de nombreuses ruches chaque année.

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Voilà une démarche nouvelle, tournée vers la conservation de la biodiversité et désintéressée commercialement.

C’est précisément le commerce à outrance qui met en péril la vie sur notre planète. Enfin, c’est une belle initiative qui prouve que chacun peut agir à son niveau pour la planète.